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« Nous sommes responsables non seulement de ce que nous faisons mais également de ce que nous ne faisons pas. » Jean-Baptiste Poquelin

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Quand l’artisan connaît l’œuvre à accomplir, il sait de suite les outils qu’il lui faudra utiliser.

Connaissance des hommes et maîtrise des techniques obligent, les œuvres de Rudy RICCIOTTI comme celles de quelques architectes sont élaborées selon ce principe. Après un recul nécessaire à l’étude du dossier et que décision est prise de matérialiser un projet, ils s’entourent de multiples partenaires qu’il leur faut fédérer pour une parfaite collaboration à l’accomplissement de leur mission dans les temps impartis. Plaçant toujours sa confiance en ces outils de qualité que sont les différents corps de métiers qui l’entourent, le maître les choisit pour leurs compétences. Il connaît les hommes, ils connaissent la technique. Leur pragmatisme porte la réalisation à des sommets et force l’admiration.

La loi de 2005 a réaffirmé le principe d’accessibilité pour tous, quel que soit le handicap et redéfini les critères d’accessibilité et les délais de mise en conformité. Qu’en est-il aujourd’hui ? Répondre à deux questions relatives à la connaissance réelle de l’œuvre à accomplir et à l’utilisation d’outils de qualité devrait nous permettre d’analyser les freins rendant indécise la concrétisation de la mise en application de cette loi. Le fossé entre paroles et actes –qui irrite de plus en plus de personnes, maintenant nombreuses à manifester leur lassitude– rend nécessaire ce questionnement.

Soyons clairs, nombre de personnes espèrent autant la remise en cause de la stratégie menée que la réorganisation d’une équipe qui tire des bords depuis un peu plus de 40 ans. Phénomène récurrent aujourd’hui, tout projet global s’accompagne et souligne le manque de confiance en ceux qui –législateurs ou groupes dits représentatifs– sont en charge de trouver une solution. La transversalité du thème ne fait que souligner la quasi stérilité de travaux manquant de gouvernance.

Etude de dossier – L’oeuvre à accomplir – Approche sous l’angle des Droits de l’Homme

Revenons au thème de l’accessibilité. Ses objectifs –comme ceux de l’autonomie d’ailleurs– sont de permettre une vie ordinaire à tout le monde et non aux seules personnes handicapées et personnes âgées. Peut-on les apprécier pour les autres ? Laisser les autres les apprécier pour nous ?

La notion d’égalité, valeur constitutionnelle, irrigue tout le droit français. Prendre en compte la loi n° 2005-102 du 11 février 2005* selon les seuls critères du droit civil ne semble pas suffisant pour assurer une égalité économique et sociale aux populations concernées. Cette loi, en l’état, ne peut raisonnablement assurer l’inclusion des personnes handicapées. Une approche sous l’angle des Droits de l’Homme —i.e. en adoptant tout à la fois des mesures antidiscriminatoires et en faveur de l’égalité– pourrait la favoriser. Pour être efficace une action positive et des contraintes par l’Etat sont nécessaires. Cette approche qui est celle des Nations Unies rencontre actuellement une bonne résistance de ceux qui adhèrent aux notions régressives selon lesquelles on ne peut associer les droits intergénérationnels.

Des outils émoussés ?

Une pléthore de structures concernées par un thème : ministères, assemblées, associations, commissions, comités… apparaissent sur des PowerPoint. Certaines personnes vous expliquent très sérieusement « qu’il y a concertation et que ça fonctionne puisque les différentes populations sont prises en compte. Si vous ne faîtes pas partie de ceux à qui l’on demande un avis, d’autres défendent vos idées… » Ben voyons !

Seulement, dans tous les domaines et à tous les niveaux de la société, la majorité des acteurs semble mise en place sur le seul critère d’une adhésion à un parti pour les uns ou à une association pour les autres. Deux mondes jouent alors au jeu de dupes : les politiques qui ont besoin de voix pour continuer leur mission au service de… leur carrière et les dirigeants d’associations qui assurent les premiers du soutien d’un certain nombre d’adhérents. Si les uns et les autres se protègent pour ne surtout pas descendre avant l’arrêt complet du manège, s’ils s’offrent des postes d’administrateurs dans différentes organisations, comment peuvent-ils ignorer que malgré leurs éléments de langage les citoyens ne les croient plus ? Surtout ceux qui s’usent sur le terrain.

Manque de compétences clés et de connaissances chez nombre de passagers du manège ? Peut-être. Quand cette incompétence se double d’une improductivité** due autant aux méfaits d’une hiérarchie « top-down » tatillonne qu’à un manque d’habitude à travailler ensemble et à une paperasserie chronophage, comment voulez-vous –sans revivification– empêcher l’accessibilité de rester au niveau d’un rêve pour beaucoup, d’une source de revenus et de sentiment d’importance pour d’autres ?

Chez beaucoup, les valeurs républicaines mises en avant font plus penser à de la langue de bois qu’à une réelle conviction. Il semble apparemment difficile de trouver –chez ceux qui abreuvent de comm.– un rôle d’acteur du changement attendu par beaucoup. De véritables combats sont à mener surtout par ceux qui vivent un handicap et restent dans l’ombre certains qu’ils ne seront jamais écoutés.

Comment créer un équilibre entre ces populations pour escompter, voire permettre des solutions acceptables ? Peu de responsables se soucient des réelles compétences des uns et des autres car (a) la distribution des rôles correspond à des scénarios « réglementaires » –y compris les inévitables dysfonctionnements dus à des informations et des perceptions erronées. (b) souvent non personnellement concernés beaucoup gèrent le sujet de manière imprévoyante sans penser à d’éventuelles déficiences. Déficiences parfois soudaines, qui font comprendre que lorsque l’on s’engage pour une cause il faut faire preuve de pragmatisme et non se cantonner à des rôles de théoriciens grands utilisateurs d’éléments de langage.

Nous ne croyons pas que la parole nuise à l’action, ce qui nous paraît nuisible, c’est de ne pas s’éclairer par la discussion – Thucydide

Organisons nous, soyons des citoyens responsables

Citoyens responsables, personne ne sera plus fort que nous si nous réfléchissons ensemble. Pour y parvenir, la redéfinition des rôles de chaque partie doit être engagée ; les échanges doivent être adaptés à notre siècle où la globalisation est importante.

Nous pouvons conserver le PowerPoint, (beaucoup y sont attachés), mais pour avancer ensemble vers le but fixé par l’exécutif, il est primordial de veiller une fois le cap donné, à ce que les textes produits ne soient pas abscons, ambigus et que leur élaboration ne soit pas systématiquement soumise à discussions stériles et interprétations diverses de la part des législateurs et autres décideurs.

Comprendre les communications des uns et des autres, développer son esprit critique, suffira t il ?

Tous les citoyens doivent s’impliquer plus. Avec qui ? Les politiciens ? Les fonctionnaires ? Les associations ? Les métiers du bâtiment ? Avec les uns, ils discuteront. Avec les autres, ils avanceront…

* Dite « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées »

** Actuellement, seuls 30 % des ERP sont accessibles (depuis 2005)

 

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